ASL s’offre Arianespace

Airbus Safran Launchers s’offre Arianespace pour 150 millions environ

La Tribune Par Michel Cabirol – 30/11/2016

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Pour 150 millions d’euros environ, Airbus Safran Launchers (ASL) rachète près de 35% du capital d’Arianespace détenus jusqu’ici par le CNES.
Pour 150 millions d’euros environ, Airbus Safran Launchers (ASL) rachète près de 35% du capital d’Arianespace détenus jusqu’ici par le CNES. Et dire que les industriels voulaient s’offrir le leader mondial des lancements de satellites pour zéro euro… Pour une fois l’État, par l’entremise du CNES, a tenu bon face à l’appétit des industriels. Le maître d’œuvre des lanceurs Ariane 5 et du futur Ariane 6, qui était déjà le premier actionnaire d’Arianespace (39% environ), va détenir 74% de son capital. L’opération sera effective au 31 décembre 2016, a précisé ASL dans un communiqué publié ce mercredi.

Arianespace reste une entreprise à part entière
En tant que filiale d’ASL, Arianespace restera une entreprise à part entière, avec son siège social à Evry, un établissement situé en Guyane et des bureaux à Washington, Tokyo et Singapour. C’était d’ailleurs l’une des conditions sine qua non du feu vert politique du Premier ministre Manuel Valls, qui a été maire d’Evry.
Le CNES, qui devient censeur statutaire au même titre que l’Agence spatiale européenne (ESA), perd ses administrateurs au conseil. Le 9 décembre prochain, une assemblée générale des actionnaires Arianespace prendra acte de la démission des trois administrateurs du CNES qui seront remplacés par trois administrateurs désignés par ASL, a expliqué Arianespace dans un communiqué distinct.

Une très belle opération industrielle pour ASL
Au final, ASL fait une très belle opération industrielle en mettant la main sur le leader mondial des services de lancement de satellites. « Arianespace poursuivra sa mission d’autonomie d’accès à l’espace au profit de l’ESA et des institutions européennes », a expliqué le PDG d’Arianespace, Stéphane Israël, cité dans le communiqué. La société de services de lancement « continuera naturellement à travailler avec l’ensemble des constructeurs de satellites », a-t-il précisé. Ce qui était une des exigences de la commission européenne, Arianespace devant travailler en toute équité avec les autres constructeurs de satellites concurrents d’Airbus Space Systems.
« Cette évolution de l’actionnariat permet de conserver tous les facteurs clés de succès d’Arianespace, qui lui ont permis de devenir leader mondial des services de lancement, en particulier sa liberté d’action et sa réactivité lui permettant de s’adapter aux évolutions d’un marché de plus en plus concurrentiel », a estimé le PDG d’ASL Alain Charmeau.
« En renforçant les liens entre l’industrie et le marché, la montée d’Airbus Safran Launchers au capital d’Arianespace va permettre une exploitation toujours plus agile d’Ariane », a assuré Stéphane Israël. Arianespace opère trois lanceurs depuis le Centre spatial guyanais (CSG) : Ariane 5, Soyuz, dans le cadre d’un partenariat avec l’agence spatiale russe Roscosmos, et Vega, dont l’autorité de conception et le maître d’œuvre industriel est le motoriste italien Avio, au travers de sa filiale italienne ELV, détenue également à 30% par l’Agence Spatiale Italienne ASI.

La nouvelle gouvernance des lanceurs
« Alors que les États membres de l’Agence spatiale européenne viennent de confirmer définitivement le développement d’Ariane 6, cette évolution de l’actionnariat d’Arianespace finalise la mise en place d’une nouvelle gouvernance des lanceurs en Europe », a rappelé le PDG d’ASL. Cette opération s’inscrit dans la stratégie des États Membres de l’ESA pour la mise en place de cette nouvelle gouvernance. Une stratégie définie lors de la conférence ministérielle de l’ESA fin 2014. Cette opération s’inscrit également dans le respect du rôle des autres actionnaires d’Arianespace, et bénéficiera également aux lanceurs Vega et Soyuz, assure Alain Charmeau.
Dans un communiqué distinct, le président du CNES, Jean-Yves Le Gall, a confirmé que cette « opération de vente des parts du CNES dans le capital d’Arianespace est une étape supplémentaire dans la restructuration du secteur européen des lanceurs ». Selon Jean-Yves Le Gall, cette restructuration comprend trois volets : le développement d’Ariane 6 et de Vega-C, afin de diviser par deux le coût au kilo des lancements par rapport à Ariane 5, le soutien à l’exploitation d’Ariane 5 en attendant l’arrivée d’Ariane 6, et la simplification de l’organisation du secteur européen des lanceurs autour de trois acteurs clés, l’ESA, le CNES et Airbus Safran Launchers.
« L’ensemble devrait permettre à l’Europe de conserver sa place de numéro 1 mondial des services de lancement, conquise de haute lutte au cours des 35 dernières années », a-t-il assuré.