Le LEAP propulse les équipementiers


Les Echos DU 04/01/2017 – Stephane Frachet


Le succès du moteur d’avion franco-américain génère une cinquantaine d’investissements, dont la moitié en France.

Figeac Aéro , Mecachrome , Lisi Aérospace , les entreprises ont investi pour moderniser leurs usines .

Le réveillon qui compte pour Olivier Andriès, c’est celui du Nouvel An chinois. Dans quelques jours, le président de Safran Aircraft Engines sera en Chine pour convaincre les compagnies aériennes asiatiques de l’atout majeur du LEAP, ce moteur d’avion conçu pour les monocouloirs, à savoir les Airbus A320 neo, les Boeing 737 Max et le chinois C-919.

Issu de la collaboration entre Safran et General Electric à travers leur coentreprise CFM, ce moteur consomme 15 % de kérosène de moins que ses concurrents. « Les retours d’expérience avec la compagnie turque Pegasus, la première à équiper ses avions cet été, valident nos prévisions », assure Olivier Andriès.

Sauf que, pour l’instant, les Chinois n’ont acheté que 500 moteurs LEAP, sur 11.500 commandes à fin 2016. Toutefois, si les plans de CFM se confirment, la montée des cadences est loin d’être terminée. Le prédécesseur du LEAP, le CFM 56, avait mis trente ans pour atteindre le rythme de 1.800 moteurs produits chaque année. Pour le LEAP, entré en service à l’été 2016, il sera atteint dès 2018. « Cette accélération nécessite des efforts constants en interne et pour nos fournisseurs clefs », souligne Olivier Andriès.

Une compétition permanente
Le résultat se vit tous les jours sur les sites des fournisseurs. « Ce programme a généré une cinquantaine d’extensions ou de créations d’usines », résume Olivier Andriès. Sans compter les challenges techniques relevés : gain de poids, gain de place, gain de temps pour chaque pièce produite. « Je souhaite à tout industriel de vivre une telle épopée », s’enflamme Sylvain Accorsini, PDG de Mecafi, qui livre des aubes à l’usine Safran de Commerçy. Grâce au LEAP, cette PME est devenue une ETI en moins de dix ans (lire ci-contre).

Dans la « supply chain » du LEAP, on retrouve les noms connus de la sous-traitance aéronautique, dont Figeac Aéro, près de Toulouse, ou encore Lisi Aérospace qui a investi 20 millions d’euros dans sa fonderie de Parthenay (Deux-Sèvres). Mecachrome, qui fournit le cône d’entrée de la turbine et des aubes depuis ses usines d’Aubigny-sur-Nère (Cher) et Sablé (Sarthe), a vécu plus qu’un « challenge technologique, un changement d’ère industrielle », raconte Jean-Dominique Thévenin, directeur industriel de cet équipementier qui compte 2.800 salariés et 14 usines en France, au Canada, au Maroc, en Tunisie et au Portugal.

L’industriel tourangeau a par exemple doté son école de formation interne, MK Solutions, d’un cursus sur le contrôle non destructif. Il s’agit de vérifier la qualité d’une pièce mécanique en la soumettant à différents tests physiques et chimiques, sans la sortir nécessairement de la ligne de production. « Ce qui a été mis en place pour le LEAP sera dupliqué dans nos autres usines », assure Jean-Dominique Thévenin.

CFM avait mis en concurrence ses fournisseurs. Pour chaque pièce, il a conservé un double approvisionnement, d’où une compétition permanente entre eux. Mecachrome est ainsi challengé par un concurrent japonais, et Mecafi par un anglais. Simple question de sécurité d’approvisionnement, explique en substance un cadre de Safran. Reste que cette compétition mondiale autour du LEAP semble réussir aux industriels français : « Au final, la moitié de nos fournisseurs sont implantés en France, la preuve qu’ils sont capables de maintenir leur production ici tout en atteignant des standards mondiaux », estime Olivier Andriès.